Cas pratique · ~9 min

GEO pour architectes et designers : guide

Un architecte ou designer d'intérieur vit de son portfolio — mais les IA ne voient pas les images. Comment les professionnels du secteur créatif peuvent tout de même apparaître dans les recommandations IA de leurs futurs clients.

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Antoine, expert référencement IA/GEO, rédacteur Citability

Il y a quelques mois, Rachel Moriarty, designer d’intérieur à San Diego, a reçu un appel d’un nouveau client. L’homme cherchait quelqu’un pour décorer un condo sur le thème des Padres — l’équipe de baseball locale. Il avait demandé à ChatGPT de lui recommander une designer spécialisée dans les intérieurs sportifs à San Diego. ChatGPT lui a donné le nom de Rachel. Elle a signé le contrat.

Ce qui rend cette histoire remarquable, c’est que Rachel ne savait même pas que ses clients potentiels utilisaient ChatGPT pour chercher des professionnels. Elle n’avait rien fait d’exprès. Elle avait juste — sans le savoir — produit suffisamment de contenu textuel cohérent, spécialisé et bien structuré pour qu’une IA puisse l’associer à une requête très précise.

C’est exactement ce paradoxe qui définit la situation des créatifs aujourd’hui.

Le paradoxe des métiers visuels à l’ère des IA textuelles

L’architecture et le design d’intérieur sont des métiers qui se montrent avant de s’expliquer. La beauté d’un espace, la qualité de la lumière, l’équilibre d’une façade — tout ça, les images le disent mieux que les mots. Pendant des décennies, le portfolio a donc été le principal outil de prospection : Instagram, Houzz, un beau site avec des photos haute résolution.

Problème : les IA génératives ne voient pas les images. Elles lisent du texte.

Quand un futur client tape “architecte spécialisé en rénovation maison de caractère à Lyon” dans ChatGPT ou Perplexity, le moteur ne parcourt pas des portfolios visuels. Il cherche des contenus textuels qui associent clairement une expertise, une localisation et un style. Si votre site ne contient que des galeries photos avec des légendes laconiques du type “Projet résidentiel — 2024”, l’IA ne sait pas quoi faire de vous.

Et ce n’est pas un problème marginal. Le trafic référé par les IA a augmenté de 527 % entre janvier et mai 2025 (Superprompt, 2025). ChatGPT représente aujourd’hui 87,4 % de l’ensemble du trafic référé par les IA selon Conductor (2025). Les clients utilisent ces outils. La question n’est plus “est-ce que ça va arriver ?” mais “est-ce que vous y êtes ?”

Ce que les clients demandent vraiment aux IA

Avant de parler de solutions, il faut comprendre comment les requêtes créatives fonctionnent dans les moteurs IA. Les clients ne tapent pas “architecte Paris”. Ils formulent des demandes précises, souvent narratives :

  • “Quel architecte recommandes-tu pour rénover une maison en pierre du XVIIIe siècle en Bretagne ?”
  • “Je cherche un designer d’intérieur spécialisé dans les petits espaces à Bordeaux, avec une sensibilité scandinave”
  • “Qui sont les meilleures agences d’architecture bioclimatique en Île-de-France ?”
  • “Architecte d’intérieur pour appartement haussmannien à Paris, style contemporain sobre”

Ces requêtes sont ultra-qualifiées. Elles mêlent une spécialité, une contrainte géographique, un style et parfois un budget ou un type de projet. Pour y répondre, l’IA cherche des textes qui contiennent explicitement ces éléments combinés. Pas des photos. Des mots.

7 actions concrètes pour exister dans les réponses IA

1. Transformer chaque projet en étude de cas textuelle

C’est la base de tout. Une photo, même magnifique, n’est pas indexable par une IA. Une étude de cas de 400 à 600 mots, oui.

Pour chaque réalisation, rédigez un texte qui répond à ces questions : Quel était le contexte et les contraintes du projet ? Quelle approche avez-vous choisie, et pourquoi ? Quels matériaux, quels partis pris stylistiques ? Quel résultat pour le client ?

Ne parlez pas en abstrait. Soyez précis : “maison des années 1930 à Nantes, 180 m², propriétaires souhaitant conserver les parquets d’origine tout en ouvrant la cuisine sur le jardin, budget 85 000 €”. Ce niveau de détail est exactement ce que les IA cherchent pour répondre à des requêtes spécifiques.

2. Affirmer clairement vos spécialisations

Les IA recommandent les experts avant les généralistes. Si votre site dit “nous réalisons tous types de projets résidentiels et commerciaux”, vous n’êtes personne dans les yeux d’un LLM. Si votre site dit “spécialistes de la rénovation de bâtiments classés et de patrimoine en région Occitanie depuis 2012”, vous devenez citable.

Listez vos deux ou trois vraies spécialisations. Un type de bâti (maisons anciennes, appartements en copropriété, locaux commerciaux). Un style reconnaissable (brutalisme doux, wabi-sabi, éclectisme parisien). Une contrainte technique (petites surfaces, BIMBY, réhabilitation thermique). Ancrez ces spécialisations dans votre page d’accueil, votre bio et vos études de cas.

3. Mailler géographie et expertise de façon explicite

La géolocalisation dans les réponses IA fonctionne différemment du SEO local traditionnel. Il ne suffit pas d’avoir une adresse. Il faut que vos contenus associent naturellement et fréquemment votre expertise à une zone géographique.

Rédigez des pages ou articles sur vos marchés locaux : “Rénover un appartement haussmannien à Paris : ce qu’il faut savoir”, “Les spécificités architecturales du bâti nantais du XXe siècle”. Ces contenus servent à la fois votre référencement classique et votre présence dans les IA, en créant une association sémantique forte entre votre nom, votre expertise et votre territoire.

4. Être présent et actif sur les plateformes que les IA consultent

Les LLMs ne se limitent pas à votre site. Ils s’appuient sur des sources qu’ils ont indexées massivement lors de leur entraînement. Dans le secteur créatif, ces sources clés sont :

Houzz : une des plateformes d’architecture et de décoration les plus citées dans les réponses IA. Un profil complet avec descriptions textuelles détaillées de vos projets est indispensable. Les champs “description du projet” ne sont pas optionnels — remplissez-les systématiquement.

ArchDaily et Dezeen : ce sont deux des médias d’architecture les plus lus et les plus cités par les IA. Être couvert ou mentionné par eux — même dans un article sur une tendance à laquelle vous participez — crée une autorité de citation très forte.

Behance et Archinect : pour les designers et architectes plus juniors ou pour les agences qui veulent construire leur réputation numérique, ces plateformes sont également bien représentées dans les corpus d’entraînement des LLMs.

Les médias locaux et régionaux : un article dans Le Moniteur, Côté Maison, ou la presse régionale sur l’un de vos projets vaut de l’or. Ces mentions textuelles dans des publications tierces sont exactement ce que les IA cherchent pour valider une recommandation.

5. Obtenir et structurer les avis et témoignages clients

Les IA accordent beaucoup de poids aux signaux de réputation. Les avis clients, surtout quand ils sont textuellement riches et spécifiques, contribuent à votre citabilité.

Ne vous contentez pas d’un “super travail, très professionnel”. Guidez vos clients vers des avis qui décrivent le projet, les contraintes surmontées, le style de collaboration. Un témoignage qui dit “Mathieu nous a aidé à transformer notre longère normande en maison contemporaine tout en préservant les poutres d’origine, dans le respect de notre budget et des délais” est exploitable par une IA. Publiez ces témoignages sur votre site et sur Google Business Profile.

6. Produire du contenu expert régulier

Rachel Moriarty n’était pas connue d’une IA parce qu’elle avait un beau portfolio. Elle était connue parce qu’elle avait produit suffisamment de contenu textuel pour que les LLMs puissent construire une représentation précise de son expertise.

Un article de blog mensuel sur votre spécialité suffit à construire cette présence dans le temps. Des sujets pertinents pour un architecte ou designer : “Comment choisir entre une extension bois et une véranda pour une maison années 60 ?”, “Les 5 erreurs à éviter lors d’une rénovation d’appartement haussmannien”, “Pourquoi le style japandi convient particulièrement aux petits appartements urbains”. Ce type de contenu, ancré dans des problématiques concrètes, correspond exactement aux questions que les clients posent aux IA.

7. Structurer vos contenus pour les IA

La forme compte autant que le fond. Les LLMs extraient plus facilement les informations quand les textes sont bien structurés. Utilisez des titres hiérarchisés (H2, H3), des listes à puces pour les caractéristiques techniques, des encadrés pour les données clés. Pour chaque étude de cas, adoptez une structure constante : contexte du projet / problématique client / approche choisie / résultats. Cette cohérence structurelle aide les IA à extraire et synthétiser vos informations.

Le cas des architectes et la presse spécialisée

Il existe une asymétrie importante dans le secteur : les agences et les architectes qui apparaissent dans la presse spécialisée (Architectures à Vivre, Maison Française, Le Moniteur, etc.) sont massivement surreprésentés dans les réponses des IA. Ce n’est pas un hasard.

Ces publications ont une forte autorité de domaine. Leurs articles sont bien indexés, régulièrement cités et contribuent à ce que les chercheurs appellent la “citation authority” — la capacité d’un contenu à être repris et mentionné dans des réponses génératives.

Cibler quelques retombées presse par an — même dans des médias régionaux ou des blogs de référence dans votre niche — est l’un des investissements GEO les plus rentables pour un créatif.

Ce que ça change vraiment pour votre prospection

Selon une étude BIMobject (2025), une agence d’architecture française sur deux utilise désormais l’IA dans sa pratique. Mais l’usage côté clients progresse également : les particuliers qui cherchent un architecte ou un designer passent de plus en plus par ChatGPT ou Perplexity avant même d’aller sur Google. Ils y posent des questions narratives — exactement celles que nous avons listées plus haut — et ils font confiance aux réponses obtenues.

La bonne nouvelle pour les créatifs, c’est que la barrière à l’entrée reste faible. Seuls 8 % des cabinets d’architecture ont mis en place une stratégie de visibilité IA (American Institute of Architects, 2025). Le terrain est libre. Les premiers qui structurent leur contenu textuel, qui détaillent leurs études de cas et qui affirment clairement leur spécialisation vont capter une part significative de cette visibilité émergente.

L’enjeu n’est pas de remplacer votre portfolio visuel. Il est de lui donner une voix textuelle que les IA peuvent entendre.


Sources :

— Superprompt, “AI Traffic Up 527% : How to Get Your Site Cited by ChatGPT, Claude & Perplexity”, juin 2025

— Conductor / Savour Partnership, “AI For SEO : How One Interior Designer Got Hired Via ChatGPT”, mai 2025 — savourpartnership.com

— BIMobject, “5 statistiques AEC 2025 pour guider votre marketing BIM”, 2025 — business.bimobject.com

— American Institute of Architects (AIA), cité dans Monograph, “Best AI for Architecture : Top Tools in 2025”, 2025

— Dezeen, “Architects and engineers among professions most automatable by AI according to Anthropic”, mars 2026 — dezeen.com

— SE Ranking, “AI Traffic in 2025 : Comparing ChatGPT, Perplexity & Other Top Platforms”, 2025 — seranking.com